Isaac Lipshitz (Israel)

Isaac Lipshitz, docteur ophtalmologiste, travaille à un projet de microtélescope implantable (MTI en abrégé). Une invention destinée à réduire la perte de vision entraînée par la dégénérescence maculaire


Une nouvelle ère sensorielle se dessine. Inéluctable. Demain, votre vue et votre ouïe seront sans doute transformées. Qu’il s’agisse de répondre aux handicaps ou d’augmenter les performances de monsieur-tout-le-monde, les découvertes et les innovations technologiques viennent de partout : médecine, design, industrie. Mieux : elles trouvent des applications concrètes qui vont accroître, personnaliser et révolutionner les possibilités de nos organes sensoriels. Notre relation au monde en sera bouleversée puisque nous le percevrons avec beaucoup plus d’acuité. Voir mieux. Plus loin, plus net. Acquérir une vision parfaite, supérieure à 20/20. Noté 20/15, 20/10 ou 20/08, ce don ophtalmologique exceptionnel permet ainsi à certains pilotes de chasse de voir deux fois plus loin que la normale. Et donc de réagir plus vite. Qui ne rêverait d’obtenir cette capacité, ce don de double vue au sens propre ? C’est la promesse de « super vision », des lentilles commercialisées aux États-Unis par la société PixelOptics. Et pas besoin d’une opération au laser ! L’offre de PixelOptics s’appuie sur une paire de lentilles high-tech, dites « électro-actives », développées à partir des dernières trouvailles informatiques de « l’optique adaptative », une catégorie de logiciels utilisée par exemple pour optimiser l’observation astronomique et corriger les imperfections du célèbre télescope spatial Hubble.

Des lentilles qui corrigent tout, un télescope implantable
Conçues pour offrir une supervision quels que soient les défauts de l’œil, les lentilles électro-actives de PixelOptics se composent d’une fine couche de pixels coulés dans du verre transparent. Reprogrammables, ces lentilles électroniques sont capables d’adapter et de filtrer la lumière visible en fonction des « aberrations oculaires » (selon le jargon des opticiens) relevées chez leur porteur, des déformations les plus grossières – la myopie, l’astygmatie, etc. – jusqu’aux irrégularités plus intimes telles que des stries invisibles à l’œil nu, impossibles à compenser jusque-là. L’œil absolu à la portée de tous ? De près comme de loin ou selon d’autres conditions lumineuses, et d’après, pourquoi pas, les instructions données au micro-ordinateur intégré dans la monture de ces futures lunettes ? Car si la technologie existe, il reste à fabriquer les premières paires. Un prototype devrait être prêt cette année, grâce aux 3,5 millions de dollars récemment déboursés par le département de la Défense des États-Unis, bien décidé à en équiper ses troupes. D’autres applications Supervision sont dores et déjà évoquées, comme les lentilles de contact électro-adaptatives, ainsi qu’un projet d’écran-cristallin artificiel : un implant oculaire numérique, pixelisé et réglable en temps réel. En effet, la piste de la prothèse oculaire n’est pas saugrenue. Depuis une dizaine d’années, en Israël, Isaac Lipshitz, docteur ophtalmologiste, travaille à un projet de microtélescope implantable (MTI en abrégé). Une invention destinée à réduire la perte de vision entraînée par la dégénérescence maculaire. Cette maladie due à l’âge, se traduit par une tache visible sur le centre de la rétine qui grandit peu à peu, jusqu’à obscurcir tout le champ de vision. Installé dans l’une des deux pupilles par microchirurgie, le MTI fonctionne comme une loupe, grossissant de deux à trois fois. Agrandie par un effet de téléobjectif, l’image déborde de la seule macula - la partie affectée, au centre de la rétine - et empiète autour sur les parties saines de la rétine. L’image obtenue compense la « zone aveugle » liée à la dégénérescence maculaire, tandis que l’autre œil, qui n’est pas équipé, assure la vision périphérique, la vue d’ensemble et la profondeur de champ nécessaires au déplacement et à l’orientation. Une utopie ? Plus maintenant.
Le dispositif vient de passer avec succès les phases 2 et 3 des essais cliniques du Dr Isaac Lipshitz. Implanté chez 192 personnes âgées en moyenne de 76 ans, le microtélescope a significativement amélioré l’acuité visuelle de 90 % d’entre elles. Menés sur 28 sites aux États-Unis, « les résultats sont supérieurs à nos attentes comme à celles de la Food and Drug Administration (FDA) », a résumé Eli Aharoni, directeur général de VisionCare, la compagnie créée par Isaac Lipshitz pour mettre au point son monocle miniature. Très bien toléré par l’œil qui conserve tous ses mouvements (seuls 11 cobayes n’ont pas supporté l’opération chirurgicale), le MTI répond déjà en Europe à la norme CE. Sa commercialisation devrait débuter cette année aux États-Unis, dès que la FDA aura donné son accord. >>

mondeo

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